Mwenga : Quand les épidémies avancent sur des routes brisées
Dans le territoire de Mwenga, un autre front s’est ouvert loin des lignes de combats ; celui des épidémies. Face à la propagation de maladies et à l’absence de riposte sanitaire, la Société civile Force vive du territoire de Mwenga tire la sonnette d’alarme et interpelle les autorités sanitaires provinciales.
Dans une correspondance adressée au ministre provincial de la Santé du Sud-Kivu, cette structure citoyenne appelle à une intervention urgente pour protéger les populations du territoire, confrontées depuis plusieurs mois à des flambées répétées d’épidémies.
Selon la société civile, la situation sanitaire s’est considérablement détériorée depuis la prise de la ville de Bukavu par l’AFC/M23. Cette évolution sécuritaire a provoqué une rupture avec plusieurs partenaires sanitaires qui soutenaient auparavant les zones de santé locales.
Les zones de santé de Mwana, Itombwe, Mwenga, Kitutu et Kamituga se retrouvent ainsi fragilisées. Malgré le fait que ce territoire reste sous contrôle du gouvernement central, l’état de délabrement très avancé de la Route nationale n°2 et la forte militarisation de certaines zones compliquent l’acheminement de l’aide et des intrants médicaux.
Dans ce contexte, les épidémies progressent presque sans opposition.
Entre septembre et novembre 2025, plusieurs aires de santé des zones de Kitutu et Kamituga notamment Bigombe, Kibe, Kamituga ville, Kitutu et Kakolokelwa, ont été frappées par une épidémie de Rougeole. D’après la société civile, plusieurs enfants y ont perdu la vie sans qu’une véritable riposte sanitaire ne soit mise en place.
Depuis la fin du mois de janvier, la maladie refait surface dans les mêmes zones, avec de nouveaux foyers signalés dans les aires de santé de Kankanga, Kigalama, Isopo et Wanyenga. Là encore, déplore la société civile, aucune réponse efficace n’a été déployée pour contenir la propagation.
La situation n’est guère meilleure dans le secteur d’Itombwe. En novembre 2025, l’aire de santé de Bilalombili a été touchée par une épidémie de Choléra ayant causé plusieurs décès, sans riposte rapide, indique l’un des paragraphes de cette correspondance.
Plus récemment encore, depuis février, l’épidémie de choléra s’est étendue à la zone de santé de Mwenga, notamment dans les aires de santé d’Iganda, Tuseswa et Kalole. Selon les données rapportées par la société civile, au moins 34 cas ont déjà été enregistrés, dont 13 décès, aussi bien dans des structures de santé publiques que privées.
Face à cette situation jugée alarmante, la Société civile Force vive de Mwenga formule plusieurs recommandations urgentes.
Elle exhorte d’abord l’État congolais à assumer pleinement sa responsabilité en déclenchant une riposte sanitaire immédiate dans toutes les zones de santé touchées par ces épidémies. L’organisation appelle également les partenaires humanitaires et les intervenants sanitaires à renforcer leur présence sur le terrain afin de garantir la sécurité sanitaire des populations.
Enfin, la société civile invite les habitants des zones affectées à respecter strictement les mesures d’hygiène et de prévention afin de limiter la propagation des maladies.
Pour les acteurs locaux, une chose est claire, même en période de guerre et malgré l’isolement provoqué par des routes impraticables, le droit à la santé ne peut être relégué au second plan.
À Mwenga, la bataille contre les épidémies est devenue une urgence silencieuse et chaque jour sans riposte pourrait coûter de nouvelles vies.
Alvin BUZAKI


